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Rébus de pierre et calligrammes dans le Songe de Poliphile (1546): les architectures parlantes de la langue parfaite. En 1546 paraît à Paris la traduction/adaptation d'un monument de l'humanisme italien, le Discours du Songe de Poliphile . L'Hypnerotomachia Poliphili, publié initialement en 1499 ˆ Venise chez Alde, décrit en deux livres la quête amoureuse, proprement érotique, au sens néo-platonicien, de Poliphile amoureux de Polia. L'ouvrage italien comporte 169 bois gravés, plus nombreux encore dans la traduction française. Dans le songe initiatique qui doit le conduire vers le dévoilement ultime des mystères de l'amour, Poliphile entreprend son voyage à travers un décor de ruines et d'architectures antiques ; les monuments aux formes énigmatiques y sont ornés de rébus, de hiéroglyphes, de symboles grecs et romains, ainsi que d'inscriptions en diverses langues que le héros-narrateur doit déchiffrer pour poursuivre sa quête. Ce sont ces rebus, ces inscriptions et ces bâtiments qui sont représentés pour l'essentiel dans les gravures tandis que le texte s'architecture en calligrammes autour des images. Les architectures parlantes, hétérogénes, du texte et des images donnent ainsi corps à l'architecture unifiée de la narration pour livrer le sens caché de la Création. En transformant les realia (les architectures de pierre) en verba et en organisant le texte comme une image, le Songe de Poliphile se présente comme un des ouvrages majeurs, initiateurs, du rêve humaniste d'une langue universelle et parfaite dans laquelle il n'existe plus de “fracture” entre signifiant et signifié. Cette autre quête met en jeu principalement la relation hiérarchique qui existe entre la littérarité de l'image et la figuration du texte, ce qu'inscrit proprement le Songe de Poliphile dans la textualisation des architectures et la figuration architectonique du discours. |