|
Stevens, Reverdy, Bonnefoy
et le poéme en pierre Cette étude propose
de rassembler dans
un travail de poétique comparée les œuvres de trois grands poétes de la modernité, Wallace Stevens, Pierre Reverdy et Yves
Bonnefoy, pour qui la
pierre, synecdoque du
monument architectural, sert
d'interface entre texte et architecture. Trois recueils
feront l'objet d'un commentaire
: Pierres blanches (1930) de Pierre Reverdy,
dont le titre met en
place la tension entre inscription ("marquer d'une pierre blanche")
et effacement (les
pierres blanches comme tabula
rasa), tout en introduisant une discréte dimension autobiographique - les "pierres
blanches" renvoient en effet à Pierre Reverdy, poéte dont les
ancêtres étaient tailleurs de
pierre; The Rock (1954), dernier recueil de
Wallace Stevens, qu'il inséra
à la fin de ses Collected Poems comme une
derniére pierre à son edifice poetique; enfin, Pierre écrite (1965) d'Yves Bonnefoy, qui
évoque le genre de l'epitaphe, cette écriture "sur
tombe" qui est
à la fois
pierre et poésie. Certes la métaphore minérale est un lieu
commun de la littérature. Mais chez ces trois auteurs
le lieu commun se matérialise dans le titre, cet élément trés visible qui est à la fois le nom du texte
et sa porte d'entrée; en outre chacun de ces "livres de pierre" se présente comme de la poésie. C'est cette "pétrifiante
coïncidence", fruit d'une réverie sur les titres, qui constituera le point
de départ de ce travail. Y a-t-il,
aprés le titre, une
architecture commune aux livres de pierre? Je chercherai à
montrer de quelle façon chaque
recueil participe à la construction d'un monument
poétique, en m'appuyant sur des
travaux de recherche en architecture (J.B. Jackson sur le monument et la ruine), en histoire (histoires
de l'épitaphe), en histoire de l'art enfin, puisque chez les trois poétes
la fascination pour la
pierre se retrouve dans un même intérêt pour la lithographie. Il y a bien
chez Stevens, Reverdy et Bonnefoy
une fascination de même nature pour la
pierre, qui fait que leurs recueils
peuvent être lus comme des épitaphiers
modernes . Tous trois
mettent la mort et l'inscription, désormais taboues, au
centre de leurs poémes;
tous trois ont fabriqué
au moins un livre-objet en collaboration avec un peintre. En interrogeant la relation entre l'écriture
et le monument, ces recueils posent, discrètement, la question de
la visibilité du texte poétique dans
l'ère post-moderne. |